Fort dun succès germanique et enfin soutenu par son nouveau label, le trio de Bristol passe à l'étape supérieure avec "Who Watches Over Me?", un 4ème album qui, sil ne surprendra pas les fans, offre une subtile electro pop sous son plus digne visage.

Mark: Parvenir à faire vivre un groupe n'est pas une chose facile. Il y a toujours un moment où il faut décider si ça vaut le coup de s'investir entièrement ou s'il vaut mieux se résigner en se disant que cela ne marchera jamais. Et quand je dis marcher, j'entends avoir une vraie carrière, pouvoir vivre uniquement de et pour sa musique. Bien que nous ayons toujours eu confiance en nous, nous avons failli abandonner à plusieurs reprises tant nous étions frustrés du peu d'investissement qui était fait pour le groupe et du peu d'ambition que l'on mettait en nous.
Les choses vont mieux maintenant. Nous venons de changer de label (Home Records), nous savons que la promotion de notre musique est bien faite et c'est tout ce que nous demandons. Si cela se passe mal à partir d'aujourd'hui, au moins nous saurons que nous avons fait tout ce que nous avons pu et l'on ne se posera pas la question de savoir "Comment cela aurait été si...". Mais franchement, je ne sais pas ce que nous aurions fait si nous avions abandonné, c'est quelque chose qu'aucun de nous ne peut s'imaginer à présent.

A quoi fait référence le titre de votre album "Who Watches Over Me?"?

Mark: Il s'agit des gens qui prennent soin de nous, qui nous protègent, comme la famille, les amis, les amants. Et il s'agit aussi de ce qui se passe lorsque personne n'est là pour vous et de ces situations où les gens brisent ces liens fragiles.

Dans la chanson Leave You Nothing il est question d'un père qui parle à son enfant...

Mark: Cette chanson raconte l'histoire d'un homme qui ne peut voir sa fille qu'une heure par semaine. Le père décrit l'anticipation de ce moment partagé, le malaise qu'il y a dans cette relation et la peur qu'il a de ne laisser aucune trace dans la vie de son enfant. "Je ne veux pas ne rien te laisser" lui dit-il. C'est le souhait qu'a cet homme de donner quelque chose à sa fille, de lui laisser de l'amour et des souvenirs. Mais c'est un espoir nourri de frustration et de tristesse. Cette chanson est écrite de telle manière qu'il est difficile de savoir qu'il ne s'agit pas d'une simple chanson d'amour jusqu'à ces quelques lignes à la fin du texte. En fait, je pense que peu de gens en saisiront le sens s'ils n'en ont pas été averti. C'est quelque chose que j'aime bien à propos de ce titre.

Vous semblez être très impliqués dans la conception du visuel de vos disques. Etait ce le cas pour ce nouvel album?

Mark: C'est Neil qui s'occupe du graphisme et c'est lui aussi qui a pris toutes les photos qui illustrent nos disques, mis à part la première version de l'album "Fragile". Il a un très bon œil et les photos qu'il prend sont si étroitement liées à l'atmosphère de notre musique que nous n'imaginons pas confier ce travail à quelqu'un d'autre. La photo de la tour de contrôle qui figure sur notre nouvel album a été prise à Seattle et elle correspond parfaitement au titre de l'album. Au dos du CD, c'est une station service à l'abandon qui fait penser à un chapeau de cow-boy, avec une énorme paire de bottes là où sont les toilettes. C'est une photo très marrante. Il s'agit d'un processus de création proche de celui de l'écriture d'un album, cela prend du temps et nous nous investissons beaucoup dans chaque pochette. Neil s'occupe également d'une projection vidéo qui accompagnera notre prochaine tournée. Encore un projet qui nous enthousiasme beaucoup!

Jusqu'à présent, vous avez été affiliés à la scène electro/goth. Vous sentez-vous des affinités avec celle-ci?

Mark: Nous nous sommes toujours identifiés à cette scène. C'est au sein de celle-ci que nous avons débuté et c'est cette scène qui a motivé la création même du groupe. L'univers gothique est parfois surprenant, mais le public s'identifie avec les sentiments que dégagent nos textes et avec l'atmosphère de notre musique. Sur scène nous n'avons pas un look gothique mais je ne pense pas que cela soit déterminant Le public se reconnaît en nous, et c'est très bien comme ça!

Qu'est ce que Mesh a changé dans votre vie jusqu'à présent?

Mark: Cela a complètement changé le cours de nos vies et les a affectées à tous les niveaux. C'est quelque chose qui ne nous quitte jamais, dans lequel nous sommes entièrement impliqués, qu'on ne peut pas laisser sur le paillasson quand on rentre le soir à la maison. Le groupe nous a donné de nombreux amis, nous a permis de parcourir le monde plus qu'on n'en aurait jamais eu l'occasion dans notre vie entière. Cela nous a permis d'approcher des lieux et des gens que nous n'aurions pas eu l'opportunité de découvrir dans un autre contexte. C'est un peu comme les montagnes russes, avec des hauts et des bas, c'est parfois très rude mais il faut s'y faire car c'est le propre de cette expérience. Nous avons la chance d'échapper à la banalité de ce monde durant quelques instants et c'est ce qui est le plus important.

Vous avez récemment changé de label. A quoi cela est-il du?

Mark: L'offre d'Orbit Records (maintenant Home Records) a fait suite à notre brève collaboration avec le Dj allemand Mark'Oh. Il nous avait contactés pour l'accompagner sur une reprise de Blancmange Waves. Le morceau dans sa version orchestrale avait été enregistré pour un autre chanteur, mais finalement sa voix ne convenait pas. Mark'Oh, qui connaissait notre musique, nous a proposé de nous joindre au projet. Nous avons enregistré la partie vocale puis la face B You And Me dans sa maison à Dorsten, une super baraque...

C'est la première fois que vous faisiez une reprise...

Mark: C'est une bonne chanson et je dois avoir écouté l'original de Blancmange une bonne centaine de fois lorsque j'étais jeune. C'était donc agréable d'en faire la reprise surtout lorsque l'on est accompagné par le London Session Orchestra.

C'est à ce moment qu'Home Records vous a fait une proposition?

Mark: Ils nous ont signés sans écouter nos nouvelles compositions mais simplement parce qu'ils avaient foi en ce que nous avions fait auparavant, ce qui est une marque de confiance. De toute façon, nous n'avions rien de neuf à leur faire écouter à l'époque! Bien sûr, la réalité contractuelle est un peu plus complexe, mais en gros c'est comme cela que ça s'est passé.

Et la rupture avec Memento Materia, votre précédent label?

Mark: Pour être honnête, je pense que cette offre est arrivée juste au bon moment. Evidemment, nous étions satisfaits de la manière dont les choses s'étaient déroulées jusqu'à présent, spécialement en Allemagne, mais nous avions besoin de passer à la vitesse supérieure car il devenait de plus en plus difficile de travailler sur un nouvel album tout en continuant à avoir un autre job à côté. Nous devions trouver un moyen de consacrer plus de temps à notre musique. Cela dit, il n'y a jamais eu d'animosité dans nos rapports avec Memento Materia, et ils nous ont même facilité la tâche lorsqu'il a été question de changer de label. Ils étaient les premiers à admettre qu'ils nous avaient amenés aussi loin qu'ils le pouvaient et qu'ils le voulaient.

Comment expliquez que tout se passe en Allemagne pour vous alors que vous êtes anglais?

Mark: C'est un concours de circonstances. Nous étions sur un label suédois, qui avait une licence en Allemagne. Ce distributeur allemand a fait un très bon travail et c'est pour cela que l'Allemagne est devenu notre plus gros marché. C'est aussi pour cette raison que cela nous semble naturel de signer sur un label allemand et de profiter du fait que beaucoup de gens nous supportent là-bas. Si nous avions eu un quelconque intérêt de la part d'un label anglais au départ, les choses seraient sans doute différentes, mais ce n'est pas le cas.

Comment s'est passé l'écriture et l'enregistrement de ce nouvel album?

Mark: Comme sur des roulettes! Lorsque nous avons abandonné nos jobs respectifs pour commencer à travailler ensemble, c'était comme une bouffée d'air frais. Nous n'avions jamais eu autant de temps à consacrer à notre musique auparavant car nous étions obligés de travailler les soirs et le week-end. Nous avons enregistré dans notre studio à Bristol comme pour tous nos précédents albums, c'était donc un cadre très familier. Nous avons passé un an sur ce disque, ce qui est plutôt raisonnable.

Qu'écoutez vous en ce moment?

Mark: Les Foo Fighters, les Smashing Pumpkins, Method Man, Everclear et Radiohead. Il y a aussi une artiste de Home Records, Etta Scollo, que nous avons découvert en concert à Hambourg. Elle chante en italien mais les sentiments passent sans comprendre les mots. Neil écoute le dernier Garbage, Zero 7 et Goldfrapp. Rich vient d'acheter le live de Nine Inch Nails, qui est spectaculaire!

Laure Cornaire, Premonition

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